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Par sebleschmok dans Délires... le 15 Mai 2012 à 08:55

Plutarque rapporte qu'à la fin de la République romaine, un patricien du nom de Crassus, qui sans doute aimait à s'écouter parler, lâcha au cours d'un discours que dans sa famille, tout le monde mourait avant soixante ans. Ce genre de révélation n'est guère habile pour qui désire faire de la politique, voici pourquoi notre pauvre orateur se ravise : "je ne sais pas à quoi je pensais quand je disais ça". Cicéron, qui écoutait et n'appréciait guère Crassus, rétorque alors : "Tu savais que ce serait un propos agréable au peuple, tu as dit cela pour lui plaire".
L'anecdote révèle deux choses. La première, c'est que Cicéron avait de la répartie, ce qui n'étonnera personne. La seconde, c'est que pour les romains, mourir avant soixante ans, c'était mourir jeune. De fait, parmi les rares romains illustres qui périrent de mort naturelle, beaucoup d'entre eux avaient atteint un âge canonique. Caton l'ancien, par exemple, mérite bien son surnom : il périt à 85 ans. La chose est d'autant plus surprenante qu'il a vécu bien avant l'apogée de l'empire. Cicéron, pour sa part, n'a vécu que 63 ans, mais il est vrai qu'il fut exécuté par Marc-Antoine.
Contrairement à la légende que colportent beaucoup d'imbéciles, dans l'ancien temps, on n'était pas un vieillard à quarante ans. Certes la mortalité infantile était élevée, ce qui diminue considérablement l'espérance de vie moyenne, mais pour qui survivait à ses premières années, il n'était pas déraisonnable d'espérer vivre soixante-dix ou quatre-vingt ans, tout comme aujourd'hui. Ramsès II, qui durant son
existence ne s'était de toute évidence guère économisé, vécut tout de même plus de 90 ans, son collègue Louis XIV 77 ans (dont 72 de règne), son épouse madame de Maintenon lui survécut quatre ans, bien qu'elle lui fut ainée de trois. Quand au vieux Voltaire, dont on vend encore le crâne enfant, il décéda à 83 ans. Et les chroniques mediévales regorgent d'histoires de chevaliers largement sexagénaires et chaussants néanmoins la cotte de maille pour aller escogner l'anglois, le turc ou l'hérétique du coin. Bien avant l'invention des antibiotiques et des scanners, il y avait même des centenaires, qui ne devaient pas courir les rues bien sûr, mais enfin, le phénomène n'était pas inconnu. On a d'ailleurs recensé quelques cas historiques de supercentenaires (plus de 110 ans) décédés au XIXe siècle ou avant. Détail amusant, Michel Eugène Chevreul, fondateur de la science gérontologique, savait assurément de quoi il parlait puisqu'il trépassa à 102 ans, en 1889.
Alors, pourquoi tant de gens croient-ils dur comme fer qu'au moyen-âge, on mourait tous à trente ans ? Sans doute pour justifier l'importance de l'armée médicale et de l'industrie pharmaceutique, dont on saitbien les fortunes qu'elles nous coûtent, mais qui sont en retour sensée nous apporter l'immortalité, ou au moins une substantielle augmentation de la longévité. Ce qui, de toute évidence, n'est pas le cas. Combien de vieillards du siècle passé ont-ils rejoint leurs pères avant que ne fut tenue la promesse qu'ils entendirent, dans leur jeunes années, que bientôt, tout le monde vivrait cent ans ?
La médecine serait-elle la plus grande escroquerie de tous les temps ?
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Par sebleschmok dans Délires... le 11 Mai 2012 à 10:10

Sérieux. Ils n'existent plus Vous pouvez en chercher dans les lacs, les rivières ou les océans, vous n'en trouverez plus un seul. Retournez les rochers, écumez les aquariums, je vous jure que vous ne verrez pas la queue d'un poisson, rien ! La raison de cette disparition ? Elle est du même ordre que celle qui vit l'anéantissement de la planète Pluton en aout 2006.

Rappelons que jusqu'à cette époque, le système solaire comptait neuf planètes, la dernière étant Pluton, découverte en 1930 par Clyde William Tombaugh. Ce petit astre glacé qui jamais ne reçut la visite de la moindre sonde (la première passera au voisinage en 2015) vivait sa vie tranquille de planète jusqu'à ce jour fatal ou, pour d'obscures considérations, l'Union Astronomique Internationale considéra qu'il n'avait pas droit au titre de planète. Depuis cette date, d'un trait de plume, le système solaire n'en compte plus que huit, au grand désespoir des parents obligés d'expliquer à leurs enfants que ce qu'on leur avait enseigné à l'école, c'était que des conneries.
Quel rapport avec les poissons ? Eh bien c'est simple : les poissons, c'est une notion intuitive qui nous fait regrouper sous un même vocable toutes les bestioles allongées, froides et garnies de nageoires qui vivent sous les eaux. En raison de leurs ressemblances morphologiques, les taxonomistes du XIXe siècle les avaient classés dans le même sac, et tout le monde était content, jusque dans les années 60. Là, des scientifiques un peu trop curieux se sont penchés sur le patrimoine génétique des poissons pour en tracer un arbre généalogique. Et là, patatras, ça marche plus du tout ! Des espèces que l'on avait crues proches sur la foi de similitudes morphologiques s'avérèrent n'avoir aucun rapport les unes avec les autres, tandis que des créatures improbables se révélaient proches cousines.
Et on toucha le fond lorsqu'on s'aperçut que certains "poissons" avaient plus de points communs avec nous autres quadrupèdes qu'avec certains autres poiscailles. Ainsi, génétiquement parlant, la tanche est bien plus proche du hamster que du requin. Cet état de fait remettait en cause la pertinence du taxon "poisson", à moins de considérer comme tels tous les craniates, ce qui aurait eu pour conséquence fâcheuse (et difficilement explicable aux enfants) que les oiseaux seraient devenus une variété de poissons comme une autre. Et nous aussi, au passage.
Bref, pour toutes ces raisons, les poissons, ça n'existe pas, du point de vue scientifique.
Ce qui ouvre néanmoins quelques interrogations sémantiques. Prenez Pluton, dont la découverte a été relativement récente, et qui sera restée une planète moins d'un siècle ; les générations futures se passeront rapidement la considérer comme telle. Néanmoins, on peut se demander au nom de quoi quelques astronomes réunis en congrès sont en droit de décider ce que l'humanité doit considérer comme une planète ou pas. Le concept de planète nous vient de la préhistoire, des premiers hommes qui ont observé le ciel nocturne nuit après nuit pour tenter d'en comprendre les mécanismes. Ce n'est pas une marque déposée de l'UAI, et Pluton restera vraisemblablement inchangée bien après que celle-ci soit dissoute dans les sables de l'oubli. Que dire alors des poissons ? Quelle légitimité la communauté scientifique a-t-elle pour estimer que les poissons ne sont plus pertinents ? Ça remonte à la nuit des temps, les poissons ! La pêche était, selon certains chercheurs, le principal moyen qu'avaient nos ancêtres de trouver des protéines, autant dire que les poissons furent un point central de la culture humaine. Et on vient me dire maintenant
qu'en fait, les poissons, ça n'a jamais existé ?
Mais ta gueule, professeur Connard ! Si j'ai envie de considérer qu'un bestiau froid et gluant qui vit dans l'eau est parfaitement assimilable à n'importe quel autre froid et gluant qui vit dans l'eau, c'est mon affaire, Ducon !Alors tu vas te faire taxonomiser chez les grecs…

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Par sebleschmok dans Des mots... le 9 Mai 2012 à 10:22

Vous pensez que je ne suis pas toujours très gai. Vous m’imaginez triste comme un corridor sans fenêtre, comme une sorte de hibou neurasthénique qui passerait ses nuits à broyer du noir sur sa branche. Vous croyez que je joue avec le suicide comme des balles de jongleur, que je le pratique régulièrement pour me changer les idées, pour aller voir ailleurs si j’ai encore cette gueule de cocker aux oreilles basses comme des couilles qui ont perdu leurs boules. Vous dites même à l’occasion que l’existence m’effraie, que je joue à cache-cache avec la vie comme un enfant avec une ombre qu’il prend pour un dragon.
o0o[Régis Jauffret]
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Par sebleschmok dans Histoire courte le 7 Mai 2012 à 09:14

Ô, maître des foudres, Olympien suprême, qui du haut des nuées, le sourcil courroucé, juge l’œuvre des hommes. Ombrageux père, alors, quelque blasphémateur avait causé ton déplaisir, et en retour, tes justes malédictions pleuvaient sur la terre des hommes. Ton ire était en ces temps redoutée, mais les rusés mortels savaient quels appétits étaient les tiens, si bien que, guidées par les augures delphiques, trois grandes cités hellènes dépêchèrent leurs filles les plus accortes, portant chacune une corbeille d'or chargée des mets les plus fins.

De Corinthe vint Chloé, la plus savante des prostituées du Temple, qui t'apporta les raisins de sa patrie. Mais lors, tu t'emportas, et t'écriais : " Quoi ! Non contente de m'insulter en m'envoyant une catin, la cité de l'isthme m'envoie ces grappes ridicules ? Me prend-elle pour mon fils Dionysos ? Suis-je pour elle un ivrogne ? "
Courroucé, tu congédias la putain. Puis s'avança sans peur Thétys, vierge d'Athènes, porteuse du fruit de l'olivier. Mais pas plus que la Corinthienne, elle n'eut tes faveurs. " Je n'ai que faire de toi et de tes olives, enfant ! Rejoins donc ta patrie de beaux parleurs et de vains géomètres, va, tu m'indisposes. "
Au comble de l'agitation, tu acceptas néanmoins de recevoir Atalante, fille du roi de Thèbes. En secret, elle te présenta sa provende, et miracle ! Tu en fus bien content et réjoui, et à nouveau, combla de tes bienfaits l'univers tout entier. Mais dis-moi, roi des dieux, quelle secrète ambroisie t'offrit donc Atalante ?

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Par sebleschmok dans Délires... le 4 Mai 2012 à 10:51

Bon, que les choses soient claires, je ne remets pas en cause les croyances de quiconque, quoique beaucoup m'inspirent un ricanement méprisant, quoique beaucoup me partagent entre condescendance et dégout. En fait, je ne remets en cause les croyances de personnes, mais je pense que le monde est rempli d'ordures, comme les scientologues, et qu'il serait bon d'incinérer celles qui ne sont pas recyclables. Le pal est aussi très amusant.
Bon, cela dit, il y a des trucs qui posent quand même un problème logique, et qu'on peut donc transposer à des univers fictifs.
La voyance par exemple, ou en tout cas, les méthodes pour "prédire l'avenir".
Vous savez, si vous avez plus de sept ans (si vous êtes plus jeune, apprenez le), que, dans le monde réel, la seule méthode valable pour prédire l'avenir consiste à raisonner en termes d'événement plus ou moins probables, sans jamais être sûr de ce qui va arriver. Et bien, en vérité je vous le dis, cette méthode est la seule qui vaille.
Supposons un procédé qui permette de prédire l'avenir avec certitude et précision. Une méthode fiable à 100 % capable de prédire des événements mineurs arrivant à un individu dans 10 ans. Mettons que l'on puisse l'utiliser, par exemple, pour prédire que dans dix ans, une échelle vous tombera dessus pendant que vous descendrez la rue de Vaugirard. Supposons qu'on vous mette au courant de cette prédiction, il y a deux possibilités.
- 1, Vous faites gaffe lorsque, dix ans plus tard, vous vous retrouvez sur la dite rue et vous évitez l'échelle. La prédiction était donc fausse.
- 2, Que vous vous y attendiez ou non, vous recevez l'échelle sur la cafetière.
Dans un cas, la méthode de prédiction s'est retrouvée prise en défaut, puisque la prédiction était fausse. La précision n'atteint donc pas les 100 %, ce qui est absurde, puisque c'était dans les prémisses.
Dans l'autre cas, certes la méthode de prédiction est bonne, mais n'est d'aucune utilité, puisqu'elle introduit une notion de destin, et qu'elle détruit de fait la croyance en la prise sur notre vie que nous aurions.
Dans la deuxième alternative, la méthode est détruite par sa propre efficacité : Quel intérêt de connaitre le futur si vous ne pouvez pas le changer ? Quel intérêt de savoir quand vous mourrez, puisque vous ne pouvez pas retarder l'échéance, ni l'avancer d'ailleurs ?
Evidemment, dans le monde réel, ce raisonnement est d'une logique amusante, mais de peu d'utilité pratique.
Mais dans la fiction, c'est autrement plus grave. Pensez-y quand vous réentendrez le coup de la destinée et des prophéties...
Ou du voyage dans le temps, qui reste la méthode la plus fiables de prédire l'avenir, en y allant constater de visu. Le vieux coup du type qui va dans l'avenir pour s'informer des cours de la bourse et s'enrichit grâce à cette technique, s'il rencontre un doppelganger qui dort sous les ponts, aura comme un problème logique, et s'il rencontre un doppelganger richissime, quel besoin avait il de voyager dans le temps ?
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